Coralie Degradot - Sophrologue

L'accompagnement Sophrologique des TCA

Vous êtes Sophrologue et vous demandez comment accompagner des patients qui ont des Troubles du Comportement Alimentaire?

Vous en souffrez vous-même, ou un de vos proches, et vous demandez comment je travaille?

Dans cet article, découvrez quelles sont mes axes de travail, ma place dans le protocole de soin, car un sophrologue professionnel n'accompagne pas seul des personnes souffrant de Troubles Alimentaires, les petits point sur lesquels je suis vigilante et toujours l'importance de la douceur dans mon accompagnement !

 

Enfin, si vos êtes sophrologue et souhaitez vous former plus pronfondément à cet accompagnement spécifique, rendez-vous ici pour découvrir ma toute nouvelle formation diponible dés cet automne !

 

L'Accompagnement Sophrologique des Troubles du Comportement Alimentaire

 

 

Depuis plusieurs mois, une pétition adressée au Président de la République circule 1: elle l'appelle à prendre en considération le gâchis actuel et le coût de l'absence de prise en charge correcte des patients souffrants de troubles du comportement alimentaire. Aujourd'hui la prise en charge des patients souffrants d'anorexie, de boulimie, d'hyperphagie (pour ne citer que les plus connus) est très compliquée. La pathologie est compliquée, la prise en charge thérapeutique est compliquée, le patient aussi est compliqué. Ecartelé entre sa souffrance, son envie de s'en sortir et son fonctionnement destructeur, qui le dépasse, qui le domine.

 

Les troubles du comportement alimentaire touchent aujourd'hui 600 000 jeunes en France2. A ces jeunes patients « identifiés », s'ajoutent tous ceux qui se débattent au quotidien avec leurs troubles : jeunes adultes qui se restreignent, jeunes mamans qui chutent après une grossesse, personnes qui viennent d'apprendre un diagnostic qui remet en cause leurs habitudes alimentaires (diabète, hypertension, diagnostic d'obésité morbide par exemple), les profils sont très variés.

 

Actuellement les patients vivant avec des troubles du comportement alimentaire sont pris en charge par différents praticiens : médecins endocrinologues, diététiciens/nutritionnistes, psychiatres, psychanalystes... La prise en charge doit être pluridisciplinaire pour agir aux différents niveaux de notre existence. La sophrologie trouve sa place dans cette prise en charge pluridisciplinaire dans ce qu'il y a de plus sensible : le rapport au corps. Le médecin va agir sur le plus urgent : sauver le corps physique. Le psychanalyste, psychiatre, psychologue, psychothérapeute, va agir sur les pourquoi et comment. Le sophrologue, lui, va agir sur l'ici, le « et si [autre chose était possible]» ?

 

De nombreux apriori et idées circulent sur les patients souffrants de TCA : ils ont tous été victimes de violences physiques ou sexuelles, les anorexiques sont des jeunes filles qui ont un problème avec la féminité, les boulimiques remplissent un vide et se construisent une carapace... pour les plus entendus.

 

Et bien non, pas pour tout le monde : l'anorexie et la boulimie se retrouvent de plus en plus chez les hommes, l'anorexie chez les femmes ou jeunes filles qui n'ont pas subies de violences physiques ou sexuelles3...

 

Dans l'accueil et l'accompagnement de ces patients, notre chère notion d'Epochè prend tout son sens. Il y a effectivement autant de TCA qu'il y a de patients. Toutefois il y a un point commun à toutes ces pathologies : la fracture. Le trouble alimentaire est une fracture dans la relation à Soi. A un moment, il s'est passé quelque chose dans la vie physique ou psychique du patient qui l'a fait exploser intérieurement. Avez-vous déjà fait tomber un verre en cristal ? C'est exactement ça : tout explose en milliers de petits morceaux.

 

Notre travail en sophrologie va être d'accompagner notre patient dans sa recherche de réconciliation. De l'aider à recoller les petits morceaux. Au Japon, c'est une technique artistique absolument magnifique : recoller les morceaux d'une poterie précieuse en utilisant de la résine avec de la poudre d'or ou d'argent.4 Cette merveilleuse technique nous montre que parfois, les blessures, brisures, peuvent rendre un objet plus précieux encore dans ce qu'il a d'unique.

 

C'est donc un travail minutieux et potentiellement long.

 

Les trois troubles alimentaires les plus « connus »5 sont les suivants:

 

  • Anorexie mentale : Besoin (volonté) impérieux de maigrir, alors que le poids est normal ou déjà bas.

  • Boulimie : Ingestion en un temps court d'une grande quantité d'aliments, sans connotation de plaisir, avec une sensation forte de perte de contrôle et des comportements compensatoires (vomissements, laxatifs, hyperactivité physique...). On parle de boulimie quand la fréquence des crises est au minimum de deux épisodes par semaine pendant au moins trois mois.

  • Hyperphagie : Prise importante et compulsive de nourriture sans comportements compensatoires (vomissement, laxatifs, hyperactivité physique...) avec sentiment de perte de contrôle...

 

Il me semble important d'être vigilant sur un point : le trouble alimentaire n'est pas un problème de nourriture. C'est un problème ou des problèmes qui s'exprime(nt) à travers la nourriture.

 

Les anorexiques entendent souvent : « ben si t'es trop maigre mange ! C'est pas compliqué ». Les boulimiques « si tu décides de ne pas vomir tu ne vomis pas, c'est tout ». Les hyperphagiques « de toutes façons, c'est juste une question de volonté, c'est que tu n'en as pas ».

 

Ces remarques sont de véritables violences. Les patients qui ont des troubles du comportement alimentaire sont durs avec eux-mêmes et sensibles à l'incompréhension dont peut faire preuve une partie de leur entourage (pas facile de gérer des TCA au lycée ou au travail).

 

L'introduction du plaisir, de la douceur, de la bienveillance, dans un monde de contrôle, d'alternance contrôle/perte de contrôle est une première étape. Ramener des petits plaisirs ici et maintenant, libre de la notion de mérite6 ou de punition. Prendre conscience de ses dialogues intérieurs, s'en libérer par le souffle. Les pensées sont vite obsessionnelles (je dois maigrir, je ne dois pas criser), les dialogues intérieures durs, les croyances très profondément installées (quand je serai mince, je serai heureuse).

 

Chez certains patients, le rapport au corps n'existe que dans la douleur. Le corps vivant est le corps qui souffre : sport à outrance dans l'anorexie mentale, automutilation, sensation de faim à laquelle on ne répond pas... Il faut bien comprendre que cette douleur représente à un moment un réel plaisir pour le patient. Un plaisir court mais puissant. Et on ne retrouve jamais les sensations de la première fois. Se met alors en place un besoin d'aller de plus en plus loin pour retrouver cette sensation de bien-être, de plaisir éprouvé dont la perception est potentiellement augmentée par le souvenir et la frustration de ne pas la retrouver.

 

Les sens, les valeurs, les capacités, la RD1, la RD2 et la RD3 ont, vous l'aurez deviné, toute leur place dans l'accompagnement de ces patients. La pleine conscience est également un outil formidable.

 

Le risque, cependant, est de vouloir aller un peu trop vite. Si la détente peut plutôt bien se passer, c'est sur le travail du corps réel avec lequel il faut prendre son temps. Il est difficile pour une patiente en sous-poids qui se sent obèse et qui a envie de se pendre à l'idée de manger un aliment gras ou sucré de prendre conscience du poids de son corps sur le fauteuil, du poids de ses muscles, de son corps « contenant ». La lourdeur est compliquée à aborder.

 

Tout au long de l'accompagnement, le patient va prendre conscience de sa valeur, de ses qualités d'Etre, de ses compétences. Petit à petit il va réussir à lâcher prise sur certains aspects de son trouble, il va trouver un équilibre. Son équilibre.

 

Un équilibre qui se travaille et s'entretient toute la vie. Car si nous redevenons une belle poterie dont les éclats passés sont mis en valeur par de la résine couverte de poudre d'or ou d'argent, que ce renforcement précieux nous protégera de quelques chutes, il n'est pas impossible que la poterie se casse à nouveau. Sans exploser. Mais les fissures de la vie se présenteront et il y a une fragilité.

 

Je me suis souvent demandé si on pouvait réellement « guérir » d'un trouble alimentaire. Personnellement je pense que nous sommes comme les anciens alcooliques : il faut prendre garde aux rechutes éventuelles. Je prends plutôt le partie de vivre avec cette fragilité : savoir qu'elle est là, l'accueillir quand elle se présente sans tomber dans la spirale infernale de l'autodestruction, en faire une force, car rien de ce que nous vivons n'est inutile.

 

Le débat de la guérison ou rémission est ouvert, mais dans tout cela il reste le plus important : rebondir après un trouble alimentaire est possible et le message d'espoir et de confiance est incontournable.

 

 

 

1Pétition de la Fédération Nationale des Associations liées aux Troubles du Comportement Alimentaire (FNA-TCA) et de l'Association Française pour le Développement des Approches Spécialisées des Troubles du Comportement Alimentaire (association de professionnels de santé), disponible sur Change.org

2Source : Pétition FNA-TCA & AFDAS-TCA

3Source : Denis A, Rengade CE, Bouvard M - « Etude des antécédents traumatiques et de la comorbidité traumatique auprès d'un échantillon de soixante-neuf patientes » - Journal de thérapie comportementale et cognitive 2014. 24 ; 98-105

4Kintsukuroi

5Source : Association Enfine (www.enfine.com)

6Source : Decker JH, Figner B, Steinglass JE. On Weight and Waiting: Delay Discounting in Anorexia Nervosa Pretreatment and Posttreatment. Biol Psychiatry. 2014 Dec 23

 

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